Janvier 2010 : le referendum du personnel reporté

Dans l'attente des conclusions du groupe d'experts mis en place par Frédéric Mitterrand, les syndicats SNJ, CFDT, FO, SUD et CFE-CGC décident de reporter le referendum prévu le 12 janvier 2010. Le lundi 11 janvier, la CGT désapprouve ce report et "appelle aux urnes". A lire également, un communiqué de SUD-AFP.

LES SYNDICATS SNJ-CFDT-FO-SUD-CFE-CGC TOUTES CATEGORIES DE L'AFP DECIDENT LE REPORT DU REFERENDUM DANS L'ATTENTE DU RAPPORT DU COMITE D'EXPERTS

Le 2 décembre, l'intersyndicale a annoncé l'organisation en janvier d'un referendum-consultation du personnel sur le projet de réforme du statut de l'AFP préparé par Pierre Louette et qui prévoit notamment la transformation de notre agence en « société nationale à capitaux publics », sous la forme juridique d'une société anonyme par actions.

Depuis, le ministre de la Culture et de la Communication Frédéric Mitterrand a annoncé la création d'un groupe d'experts pour étudier l'avenir de l'AFP et l'a chargé de rendre un rapport d'ici fin avril.

La création de cette structure signifie d'abord une temporisation de la part du gouvernement. Cette décision est intervenue alors que s'affirme l'opposition grandissante du personnel de l'agence au projet de Pierre Louette. Une opposition évaluée de manière réaliste par le PDG lui-même: il a reconnu le 2 décembre à l'Assemblée nationale que, si son projet était soumis à une consultation du personnel, il « anticipait (...) une désapprobation extrêmement majoritaire ».

Les syndicats SNJ-CFDT-FO-SUD-CFE-CGC prennent acte de la création du groupe d'experts sans préjuger des recommandations qu'il émettra et en réaffirmant leur attachement aux garanties d'indépendance structurelle que comporte le statut de 1957.

Les syndicats décident de reporter la tenue du referendum - initialement prévu de 12 au 26 janvier - dans l'attente de ses conclusions, tout en se réservant la possibilité de l'organiser à tout moment.

Ils rappellent que le comité d'organisation intersyndical du referendum avait demandé au PDG l'autorisation de s'appuyer sur l'infrastructure technique de l'agence afin d'organiser un vote électronique en interne. Le PDG a refusé d'accéder à cette demande.

Ils font observer que la décision de l'intersyndicale d'organiser un referendum était intervenue au moment où Pierre Louette faisait la tournée des services rédactionnels du siège, laissant craindre le dépôt imminent d'un projet au Parlement. Ils demandent au gouvernement, au groupe d'experts et au PDG à être informés préalablement sur tout « projet de projet » de loi, si le gouvernement maintient sa décision de modifier le statut de l'agence. Cela permettra que soit posée au personnel la question la plus simple qui soit : « Etes-vous pour ou contre ce projet ? ».

Les syndicats de l'Agence appellent le personnel à rester mobilisé et à résister à « toute modification qui aurait pour effet soit de transformer l'AFP en agence gouvernementale, soit de la livrer en totalité ou en partie à des entreprises privées quelles qu'elles soient et sous quelque forme que ce soit » (extrait de la pétition SOS-AFP.ORG).

Les syndicats SNJ-CFDT-FO-SUD-CFE-CGC toutes catégories


Lundi 11 janvier : communiqué CGT toutes catégories

LA CGT DESAPPROUVE LE REPORT DU REFERENDUM ET APPELLE AUX URNES

Premier syndicat de l'Agence, la CGT toutes catégories regrette l'initiative prise par certains syndicats qui, dans un nouveau pas de danse, ont décidé de reporter sine die le référendum annoncé pourtant à grand son de trompe jusque devant les parlementaires. Parmi les salariés, l'incompréhension domine face à ce nouveau recul.

Pour une large majorité des salariés, cette consultation, prévue entre le 12 et le 26 janvier, était l'occasion d'exprimer son rejet de modification du statut proposé par le PDG Pierre Louette sur injonction du gouvernement.

Différer ce vote ne peut que créer, une fois de plus, la confusion, la démobilisation du personnel toutes catégories et le désarmement unilatéral face aux partisans de l'asservissement de l'AFP.

En prenant l'initiative d'une consultation démocratique, l'intersyndicale s'était donné un moyen de pression sur tous ceux qui rêvent d'une étatisation ou d'une privatisation de l'Agence, y compris sur le "comité d'experts" mis en place début décembre par le ministre de la Culture et de la Communication Frédéric Mitterrand.

Renoncer, c'est donc décider de ne pas abattre nos cartes et redonner la main à la partie adverse.

Pour la CGT, ce "comité d'experts" piloté par un ancien PDG, auteur d'un plan de licenciements avorté de 150 salariés en 1986, ne porte qu'un nom, et un seul : la commission Pigeat. La CGT a déjà fait part de sa position, au vu de sa composition (voir notre communiqué "Experts ou fossoyeurs de l'AFP ?").

Le changement de statut reste bel et bien d'actualité : à ce jour personne n'a annoncé le retrait, ni même le gel, du plan Louette. Il n'est donc nullement question d'un désaveu pour Pierre Louette.

Ce "comité" n'est qu'un leurre grossier afin de reporter de quelques mois, après les élections régionales et à l'orée des vacances d'été, le projet de casse du statut sous couvert de "consensus" et de "concertation", ce malgré la bienveillance de certains de ses membres à l'égard de l'AFP.

Il s'agit simplement de donner au plan Louette la caution d'une "autorité" extérieure et "indépendante" en l'assortissant le cas échéant de quelques variantes mineures pour donner le change.

Pour la CGT l'heure n'est pas à la démobilisation ni au report de l'action. Nous ne nous faisons pas d'illusions sur les conclusions de cette commission et cela ne peut être en aucun cas un argument de renvoi de la consultation prévue. Le refus du PDG de mise à disposition de l'infrastructure technique pour l'organisation du vote non plus. D'autres solutions sont possibles et envisageables.

D'ORES ET DEJA, LA CGT DECIDE DE TOUT METTRE EN OEUVRE POUR ORGANISER CETTE CONSULTATION LE PLUS TOT POSSIBLE. Elle informera le personnel dès que les modalités et la date de ce vote seront finalisées.

La question sera celle qu'avait arrêtée l'intersyndicale: "Approuvez-vous le projet de changement de statut de l'AFP défendu par son Pdg et comportant la transformation de l'agence en société par actions ?".

La CGT appelle les autres syndicats à réexaminer leur position et à organiser avec elle la consultation dans les meilleurs délais, afin de maintenir la pression par tous les moyens contre tous les projets néfastes pour l'indépendance de l'Agence et la remise en cause de nos métiers.

SEULE LA MOBILISATION SOUS TOUTES SES FORMES PAIE. LE PERSONNEL NE SERA ENTENDU A L'EXTERIEUR QU'A PROPORTION DU BRUIT QU'IL SERA CAPABLE DE FAIRE EN INTERNE.

CGT toutes catégories, Paris le 11/01/2010


Vendredi 15 janvier : communiqué SUD-AFP

Oui, le référendum aura bien lieu !

En attendant, le personnel de l'agence dispose d'un autre moyen, très simple, de montrer son opposition à la casse de notre statut.

SUD-AFP comprend la frustration d'une partie du personnel, qui s'attendait à voter sur le plan Louette ces jours-ci et qui ne comprend pas les raisons du report du référendum.

Soyez rassurés : notre syndicat - Solidaire, Unitaire et Démocratique - n'a aucune intention de laisser tomber ce projet, ni de mettre de l'eau dans son vin concernant les projets funestes de Pierre Louette et du gouvernement ultra-libéral de Nicolas Sarkozy !

Bien sûr qu'il est tout à fait possible, même probable, que le fameux groupe d'experts, la commission Pigeat, sorte de son chapeau un plan qui ressemble furieusement à celui de Pierre Louette.

Une fois les élections régionales passées, ceux qui veulent casser notre statut, nos métiers et nos conditions de travail se mettront à nouveau à rêver que "tout est possible".

Mais si la constitution du groupe d'experts ne change pas forcément la situation sur le fond, elle modifie néanmoins la donne politique. On peut soupçonner que les propositions des cinq sages seront identiques au Plan Louette - mais on ne peut pas en être certain.

Il ne peut pas y avoir deux référendums !

Le travail que nous avons déjà accompli avec les autres syndicats, et que nous allons bien entendu poursuivre en intersyndicale dès aujourd'hui, nous a déjà montré que l'organisation d'un référendum irréprochable sur le plan démocratique ne peut pas être traitée à la légère. Un tel vote nécessite un travail serein, unitaire et dépourvu d'arrière-pensées polémiques ou sectaires. Chaque syndicat doit y apporter sa contribution.

Il est aussi absurde de penser qu'un syndicat puisse organiser tout seul un tel vote que de prétendre qu'on pourrait faire deux référendums, l'un maintenant selon le plan établi en décembre, et un deuxième en avril-mai, au cas où le groupe d'experts sorte un projet différent. Conclusion : au risque de vous frustrer, il vaut mieux attendre après les élections régionales, tout en travaillant dès aujourd'hui sur les aspects pratiques du vote.

En attendant, voici ce que vous pouvez faire

Le site web de la pétition intersyndicale - www.sos-afp.org - offre un moyen très simple de manifester dès aujourd'hui son opposition à la casse de notre statut. Reportez-vous à la page "Toutes les signatures", et tapez "AFP" dans la case "Entreprise" du moteur de recherche. Vous constaterez qu'à ce jour un peu plus de 430 salariés de l'agence ont signé la pétition en marquant "AFP" dans cette case (le chiffre apparaît dans le bandeau rouge foncé, à droite).

Bien entendu, beaucoup d'autres d'entre nous ont signé la pétition, mais sans signaler leur appartenance à notre entreprise. Au total environ 800 salariés AFP ont signé la pétition à ce jour. Le but serait de faire passer ce chiffre à plus de 1.100 (grosso modo la moitié de tous les salariés en CDI, tous statuts confondus), et de faire en sorte que chacun affiche fièrement les trois petites lettres "AFP" dans la case "Entreprise".

Conclusion : si vous n'avez pas encore signé la pétition, n'attendez plus !

Et si vous l'avez signée mais sans mentionner "AFP", écrivez sans délai à contact@sos-afp.org pour demander qu'on ajoute le sigle !

Et le social dans tout ça ?

En écoutant les prestations des représentants des autres syndicats, le 11 janvier devant l'Association de la presse étrangère puis le 12 devant la Commission "culture" du Sénat (où nous n'étions pas invités à prendre la parole), nous avons constaté une chose curieuse : les questions de salaire, de précarité et même déontologiques ne figurent presque nulle part dans leur discours pour s'opposer au Plan Louette.

A les écouter, tout semble être question de "gouvernance" et de "financement", à tel point que le service médias de l'AFP a pu titrer, en rendant compte de la table ronde devant le Sénat, "consensus sur l'indépendance et le financement" !

Le Plan Louette/Sarkozy ne constitue-t-il pas également une attaque en règle contre nos conditions de travail, et même contre le combat syndical en tant que tel ? N'y a-t-il aucun rapport entre le culte de la gratuité sur Internet, les initiatives de type "Citizenside" ou "Newzwag", la pipolisation tous azimuts - bref tout ce qui menace nos métiers - et la mise en cause du statut ?

Ce n'est pas en réduisant le combat sur le statut à une simple question technique - avec à la clé, pour certains, la transformation de l'AFP en fondation charitable ! - qu'on va mobiliser le personnel pour les combats à venir.

Conserver notre statut tout en perdant sur les questions sociales (emploi, lutte contre la précarité, salaires) ne servirait à rien. SUD propose à l’intersyndicale de remettre à l'ordre du jour un véritable programme de lutte sociale, en faisant clairement le lien avec le statut !

Faites signer la pétition - et rejoignez SUD-AFP pour un syndicalisme de combat !

SUD-AFP, Paris le 15 janvier 2010


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