Octobre 2008 : contre une privatisation annoncée, lancement de la pétition "SOS-AFP"

Après le rapport Giazzi, qui préconise la privatisation de l'Agence France-Presse, le PDG Pierre Louette est mandaté par le gouvernement pour rédiger un projet. Les salariés se mobilisent...

Réactions



le 19 septembre 2008 : non à la privatisation de l'AFP !

Un rapport remis au président de la République sur l'avenir de la presse préconise ni plus ni moins que « la transformation de l'AFP en société anonyme » avec ouverture de son capital. Ce même document annonce aussi le désir de « donner à l'AFP un actionnaire clairement identifié et stable », tout en ouvrant son conseil d'administration à de nouveaux membres.

En clair, avant même que les Etats généraux préconisés par Nicolas Sarkozy ne soient réunis, on prépare ouvertement une privatisation de l'agence et la mise en cause de son statut, garanti par une loi de 1957.

Notons que des idées semblables avaient déjà été formulées par le président de l'agence Pierre Louette qui visiblement s'est félicité du contenu de ce rapport lors de la conférence de rédaction de jeudi.

Que le document rende hommage au travail de l'AFP et à son rôle d' "institution prestigieuse dont la marque est une référence en matière d'information" — en nous attribuant au passage pas moins de 6 000 journalistes, soit plus du double du nombre réel — ne change rien sur le fond. Le rapport succombe aussi au dogmatisme idéologique qui prône la privatisation d'une entreprise peu rentable et remplissant une mission d'intérêt général et ne craint pas la contradiction, en recommandant l'entrée d'actionnaires, tout en affirmant que l'AFP ne doit pas tomber dans des mains étrangères.

Ces propositions, si elles devaient être mises en oeuvre, mettraient à l'encan l'article 2 de notre statut, qui préserve l'indépendance rédactionnelle de l'agence.

Rappellons que cet article précise, en partie, que l'AFP "ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d'un groupement idéologique, politique ou économique." Nous rappellons également que le personnel de l'Agence a déjà, à maintes reprises, exprimé son attachement au statut de 1957. En témoigne, par exemple, la déclaration suivante :

"Le personnel de l'AFP toutes catégories réuni ce 14 Mai 2008 dénonce les attaques répétées de la part de responsables politiques dont l'agence fait l'objet et réaffirme son attachement à la défense de son statut, garant de son indépendance."

Par conséquent, l'intersyndicale dénonce avec la plus forte détermination ces nouvelles propositions. Elle appelle l'ensemble des salariés à se tenir prêts à riposter à nouveau si ces menaces devaient se préciser. Les syndicats demandent également à être reçus urgemment par la Direction.

L'intersyndicale CGT-SNJ-FO-CFDT-CGC-SUD-CFTC - Paris, le 19/9/08



le 24 octobre 2008 : nous voulons savoir !

Les syndicats de l'Agence France-Presse exigent que la Direction informe le personnel sur les projets qui se trament en haut lieu...

Les syndicats toutes catégories de l'Agence France-Presse exigent que la Direction informe le personnel sur les projets qui se trament en haut lieu, et qui ont été évoqués par la représentante de l'Etat et par le PDG Pierre Louette lors du Conseil d'administration du 23 octobre. Lors d'une réunion du Comité d'entreprise tenue le même jour, le PDG n'a souhaité informer les élus ni sur les projets de modification du statut, ni sur d'éventuelles réductions d'effectifs, ni enfin sur le nouveau Contrat d'objectifs et de moyens.

Pour cette raison, les élus du CE viennent d'exiger la tenue d'un CE extraordinaire, afin que nous puissions informer le personnel de projets qui concernent l'avenir de l'Agence et de chacun de nous, et prendre les mesures nécessaires.

Nous nous interrogeons sur l'attitude de l'Etat, qui se conduit en tutelle sans même en fournir la contrepartie, puisque pour la première fois en 20 ans les tarifs des abonnements n'ont même pas été augmentés pour tenir compte de l'inflation.

L'introduction d'un "actionnariat stable", évoquée sans plus de précisions par le PDG et la représentante de l'Etat, ne pourrait se faire qu'en modifiant par la loi le statut de 1957 qui assure l'indépendance de l'AFP. Quelle garantie aurions-nous dans ce cas là en matière d'indépendance, de maintien des effectifs et des missions de l'Agence partout dans le monde ?

Rappelons que ce statut précise dans son Article 2, que l'AFP "ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d'un groupement idéologique, politique et économique."

Les syndicats réaffirment leur attachement à notre mission d'information, notre indépendance et à nos emplois. Ils appellent le personnel à participer nombreux à une assemblée générale qui suivra le Comité d'entreprise extraordinaire.

Paris, le 24 octobre 2008 - CGT SNJ FO CFDT SUD CFTC



L'intersyndicale lance la pétition en ligne "SOS-AFP.ORG"

Lors d'une assemblée générale du personnel tenue au siège de l'Agence France-Presse ce jeudi 27 novembre, l'intersyndicale CGT, SNJ, FO, CFDT et SUD a lancé une : Pétition électronique pour l'indépendance et la survie de l'Agence France-Presse

La pétition, disponible en français, anglais, espagnol et allemand, est en ligne à l'adresse "www.sos-afp.org".

Voici le texte :

Préambule

L'indépendance de la presse est un des biens les plus précieux de notre démocratie.

L'Agence France-Presse, qui est non seulement la source de la grande majorité des informations diffusées en France mais également l'une des trois seules grandes agences de presse au niveau mondial, est aujourd'hui menacée dans son indépendance et même son existence, sous sa forme actuelle.

L'AFP est dotée d'un statut unique, défini par une loi de 1957 destinée à garantir son indépendance structurelle à l'égard des pouvoirs publics et de tout autre "groupement idéologique, politique ou économique".

Sa mission est "de rechercher tant en France qu'à l'étranger les éléments d'une information complète et objective".

Depuis près d'un an, les velléités de mettre fin au statut particulier de l'AFP, à l'extérieur comme à l'intérieur de l'entreprise, sont de plus en plus nombreuses.

En témoignent les attaques sans précédent dont l'agence a récemment fait l'objet de la part de certains hommes politiques proches du pouvoir en France.

Tantôt on l'a traitée d'"agence d'Etat" en souhaitant ouvertement sa privatisation, tantôt on lui a reproché de ne pas être assez prompte à répercuter les communiqués de presse du parti au pouvoir.

Aujourd'hui, des projets bien avancés menacent le statut et l'indépendance d'une entreprise qui est unique en son genre, à savoir ni publique, ni privée.

Il serait notamment question de transformer, voire d'abolir, le statut garanti par le parlement afin de permettre la transformation en société anonyme et l'entrée d'actionnaires.

De tels changements, intervenant à une époque de grands bouleversements dans le paysage médiatique, sans parler de l'économie mondiale, risquent fort de se traduire par la mainmise d'intérêts particuliers ou étatiques sur l'ensemble de l'information destinée au citoyen.

Par conséquent (texte de la pétition proprement dite) :

« Nous soussignés, citoyens, salariés de l'Agence France-Presse et organisations attachés au pluralisme et au droit à une information complète et objective, affirmons notre soutien à l'indépendance structurelle de l'AFP.

« Depuis plus de cinquante ans, son statut ne l'a pas empêchée de devenir l'une des trois grandes agences de presse mondiales, présente sur les cinq continents et travaillant dans six langues.

« Nous refusons toute modification qui aurait pour effet soit de transformer l'AFP en agence gouvernementale, soit de la livrer en totalité ou en partie à des entreprises privées quelles qu'elles soient et sous quelque forme que ce soit.

« Nous exigeons que l'agence conserve sa particularité, sa capacité à remplir sa mission d'intérêt général et son indépendance structurelle. Par conséquent, nous nous opposons à toute modification qui dénaturerait son statut, inscrit dans la loi de 1957. »

Syndicats CGT, FO, SNJ, CFDT et SUD de l'AFP


[Haut de la page]